Marine BOUILLOUD


Expansion rythmée de la couleur

Marine Bouilloud, notes actualisées en mars 2017.

Ma peinture explore la couleur, la géométrie, le motif, le rythme, la lumière : l'optique.

Je cherche à manipuler les sonorités et sensations induites par la vision colorée — en les révélant par des associations, trames et formes mathématiques — pour interroger la perception rétinienne et plonger l'observateur au cœur d'une expérience sensitive et poétique.
Le langage pictural abstrait et géométrique ouvre un champ de lecture à la fois intime et universel et permet à la couleur de trouver sa pleine amplitude.

La couleur est énergie, elle se transforme et se déploie à travers la lumière, la matière picturale et son support au gré des variables dessinées.
La couleur s'imprime sur notre rétine et transmet son langage poétique au cerveau. Ses différentes longueurs d'ondes perçues par l'oeil provoquent des vibrations intenses ou mesurées influant directement sur notre psychisme. L'expérimentation de phénomènes optiques —persistance rétinienne, gradation lumineuse, irradiations chromatiques, sensation vibratoire— permet de renouveler les approches perceptives et points de vues dans un continuum philosophique : des figures simples peuvent se complexifier sous un regard attentif.

La peinture peut investir toutes sortes de supports : la peinture c'est de la couleur qui vient révéler une surface, un espace. Je développe des installations modulaires de peintures sur papier encadrées sous verre, de peintures murales in situ et des peintures volumétriques sur supports en hêtre. Le partage et la transmission de ces recherches se développent par le biais d'expositions et de résidences ; en proposant régulièrement des ateliers et conférences sur la couleur et en engageant des projets de chantiers participatifs en réponse à des commandes.

///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////


Abstraction étendue. Extraits.
Texte d'Eva Prouteau, paru dans le catalogue de l'exposition Résidences 2013, centre d'art contemporain de Pontmain, 2013. Lire le texte en entier en cliquant sur l'onglet Peintures, rubrique 2014-2013 texte d'Eva Prouteau.

“Pour aller vite, la peinture de Marine Bouilloud s'énoncerait ainsi : vocabulaire formel restreint et géométrique, couleurs intenses (gamme rouge-orangée éclatante et bleu pacifique complémentaire), et effets perceptifs immédiats — ouverture de l'espace, sensation de mouvement, impacts lumineux puissants. Une peinture à la fois simple et sophistiquée, qui pense et qui donne du plaisir, qui touche au visible autant qu'à l'invisible. Le contraire d'une présence monolythe : une peinture qui surprend l'œil. (...)
Sur ce point — une forme de démocratisation et de liberté du regard sur l'œuvre — Marine Bouilloud marche clairement dans les traces de l'Op art et de l'art cinétique : des pionniers empreints de positivisme, fondant leur pratique sur l'expérimentation, et explorant le phénomène de la vision sans référence fermée (littéraire, psychologique, romantique ou métaphysique), mais ne réprimant pas pour autant ni l'humour, ni l'expression d'influences personnelles, psychanalytiques ou méditatives.”


Texte de Morgane Estève sur la peinture de Marine Bouilloud. Extraits.
Texte écrit dans le cadre des résidences d'artistes de Montfort Communauté et de son lieu d'art contemporain, L'aparté.
Lire le texte en entier en cliquant sur l'onglet Peintures, rubrique 2016-2015 texte de Morgane Estève.

“Entre la glace et le feu, le ciel et la terre, le yin et le yang, entre science et poésie, le travail de Marine Bouilloud trouve son équilibre dans la géométrie de figures élémentaires, complètes et complémentaires. Très épurées, réduites à leur plus simple écriture, elles se tiennent au service de la peinture et s'accordent au choix d'une palette chromatique précisément définie. Considérant la querelle esthétique qui opposa en son temps les partisans du coloris à ceux de la ligne, Marine Bouilloud affiche la couleur, et tient la forme pour composante additionnelle. Son univers est assurément celui d'une coloriste et sa maîtrise avérée du sujet est alimentée par de nombreuses sources théoriques, parmi lesquelles les travaux de l'historien Michel Pastoureau, de l'historien d'art John Gage ou encore des peintres Johannes Itten et Josef Albers. (...)

Dans un ensemble de peintures (...) les formes simples sont représentées : le cercle bien-sûr, contenant le carré, le losange, le triangle, figures symboliques par excellence, mais aussi la ligne courbe, l'ondulation, un tracé qui se libère. Par un savant jeu optique de formes et de couleurs associées, l'artiste mise sur la force de la subjectivité et la relativité de la perception chromatique pour permettre une lecture personnalisée, propre à chaque regard. D'une œuvre à l'autre, un puzzle se construit sur chaque rétine vigilante et active. L'usage de pigments fins et saturés, jouant de l'effet lumière du blanc savamment dosé, induit une vibration sensible et personnelle. (...)

Plaidant l'éloge de la lenteur, le temps nécessairement étiré de la création, celui de la peinture ligne à ligne, trait à trait, celui qui mûrit le travail, Marine Bouilloud convie le spectateur à la même disposition de perception attentive, contemplative, tantôt hypnotique ou onirique. A l'échelle du corps entier ou du regard en particulier, ses œuvres perturbent les certitudes, comme une subtile invitation à la réflexion.”


///////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////////


Premiers travaux : 2004-2009. Notes de Marine Bouilloud.

La peinture figure, raconte, revendique.
La peinture est politique.

De 2004 à 2009, j’ai réalisé des peintures figuratives à caractère narratif. Je cherchais à interpeller le spectateur sur des sujets d’actualité et des faits de société en interrogeant leurs représentations médiatiques. J’abordais la peinture comme un moyen critique et politique. Je composais sous forme de collage mental et formel à partir de photographies issues des médias. L’espace projectif de la toile était conçu comme une caisse de résonance dans laquelle la couleur déploie sa charge explosive.

Un puzzle de références nourrit cette première période de travail traversée aussi bien  par l’histoire de la peinture que par l’iconographie indie rock (pochettes de disques et affiches sérigraphiées) ou la presse alternative à l’humour cinglant (Hara Kiri, Bazooka). Un intérêt particulier pour le genre de la Vanité, les primitifs flamands et italiens (Bosch, Holbein, Uccello) des peintres espagnols (Zurbarán, Ribera, Gordillo, Arroyo), l’art populaire mexicain (fêtes des morts, gravures de Posada, les fresquistes) et des artistes engagés politiquement par le bais de leur art (comme Rancillac et Fromanger pour la Figuration Narrative, Peter Saul, Equipo Crónica) situait ma démarche.

Bien qu’ayant privilégié, jusqu’en 2009, un type de représentation à tendance narrative, mes  questionnements et recherches se nourrissaient d’un large spectre pictural.
La visite de la première exposition rétrospective française de Bridget Riley, au Musée d’Art Moderne de Paris, l’été 2008, a marqué les prémices d’un tournant radical dans ma démarche. Immergée dans ses peintures optiques et l'afflux d’images rémanentes, j’ai été saisie par la force de l’expérience perceptive. La représentation picturale a basculé vers un vocabulaire abstrait, plus libre et universel. La couleur, l'optique et le point de vue de l'observateur ont commencé à constituer le terreau de ces expérimentations sur la perception et ma peinture a aussi commencé à se développer dans l'espace.